Mon parcours dans le tennis : entre passion, doutes et évolution

Il y a des périodes où tout semble couler de source.
Le jeu est fluide, les décisions sont évidentes, le corps répond sans effort.
Et puis il y a ces autres moments, plus silencieux, où le doute s’installe
et où l’on se bat davantage contre soi-même que contre l’adversaire.

Mon parcours dans le tennis s’est construit entre ces deux pôles.
La passion d’un côté.
La tension intérieure de l’autre.

Avec le temps, j’ai compris une chose essentielle :
le niveau de jeu ne dépend pas uniquement de ce que l’on sait faire,
mais surtout de l’état dans lequel on joue.

Les débuts : le plaisir avant tout

J’ai commencé le tennis à l’âge de 8 ans, avec mon grand frère et mon père,
pendant les vacances d’été. Très vite, j’ai ressenti quelque chose de particulier :
le plaisir de l’échange, du mouvement, de la balle qui revient encore et encore.

À la rentrée, je m’inscris au club de mon village. Les cours collectifs posent les premières bases.
Mais c’est surtout grâce à des passionnés exigeants que je commence à affiner mon regard sur le jeu.

Après les entraînements, on me proposait des situations simples mais révélatrices :
jouer dans les couloirs, ralentir le jeu, accepter l’échange.
Sans le savoir, j’apprenais déjà la patience et la précision.

À côté du tennis, je pratiquais beaucoup de sports.
Le mouvement faisait partie de mon quotidien.
Le sport était un espace de liberté, de lien social et d’expression.

Une progression rapide… et une pression qui s’installe

Les classements montent régulièrement.
30, puis 15/5, puis 15/3.

Vers 15–16 ans, je change de club et rejoins une structure plus exigeante.
Là, il ne suffit plus de remettre la balle.
Il faut imposer quelque chose.

C’est à ce moment-là que la pression commence à apparaître.
Je regarde les tableaux, j’anticipe les matchs, j’imagine les scénarios.
Le jeu devient plus sérieux, mais aussi plus lourd.

Je remarque alors quelque chose d’étrange :
je joue souvent mieux quand personne ne me regarde,
quand il n’y a pas d’attente extérieure.

Cette différence entre l’entraînement et la compétition est fréquente,
et elle est liée bien plus au mental qu’à la technique.
J’en parle plus en détail dans cet article :

pourquoi tu joues bien à l’entraînement mais pas en match
.

Chercher le contrôle… et perdre la spontanéité

Vers 16–17 ans, je prends une décision radicale :
m’entraîner uniquement avec des contreurs et des relanceurs.

Des joueurs qui ralentissent le jeu, qui coupent, qui obligent à rester dans l’échange.
Tout ce que je n’aimais pas.
Mon objectif était clair : apprendre à rester calme, quoi qu’il arrive.

Cette période m’a beaucoup apporté.
J’ai gagné en patience, en lecture du jeu et en stabilité émotionnelle.

Mais j’ai aussi perdu quelque chose en route.
Mon instinct.
Mon relâchement.
Mon insouciance.

Je suis devenu plus cérébral.
J’analysais tout : les prises, les placements, les trajectoires.
Je pensais que comprendre davantage me ferait gagner plus.

Avec le recul, j’ai compris que

la technique seule ne suffit pas à stabiliser un jeu
.
Sans relâchement et sans clarté intérieure, elle devient fragile.

Le corps comme révélateur

En cherchant à tout maîtriser, je jouais mieux techniquement,
mais intérieurement je me rigidifiais.

Le corps envoyait pourtant des signaux clairs :
perte de fluidité, fatigue mentale, tensions inutiles.
C’est à ce moment-là que j’ai commencé à m’intéresser
au relâchement et à la respiration comme fondations du jeu.

Ces éléments sont devenus centraux dans ma pratique,
comme je l’explique dans cet article :

le relâchement et la respiration comme bases du tennis
.

Une première prise de conscience

À 17 ans, classé 15/3, je fais un constat simple :
je joue mieux quand je suis libre intérieurement,
pas quand je cherche à tout contrôler.

Le tennis n’est pas qu’une affaire de coups.
C’est une affaire d’état.

Cette prise de conscience va profondément influencer
ma manière de jouer, puis ma manière d’enseigner.

Rien n’est figé

Avec le recul, cette période m’a appris que :

  • la progression n’est jamais linéaire
  • on peut gagner en contrôle et perdre en fluidité
  • chercher la perfection peut nous éloigner du plaisir
  • l’état intérieur est un levier majeur de performance

C’est cette vision qui m’a conduit à placer

l’état d’être au cœur de la performance durable
,
bien avant la recherche du geste parfait.

Le jeu devient alors plus simple.
Plus juste.
Et surtout, plus vivant.

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